Tenerife
La plus grande des Canaries condense en 2 034 km² un volcan à 3 715 m, une forêt humide d'Anaga et des falaises de 600 m face aux cétacés.
Tenerife est la plus vaste des sept îles de l'archipel, 2 034 km² organisés autour d'un volcan central, le Teide, qui culmine à 3 715 mètres. Cette géographie verticale explique tout le reste : en une journée de route, nous passons des plages noires du sud aux forêts humides du nord, en traversant un plateau d'altitude où la température chute de 15°C par rapport au littoral. L'île concentre ainsi des ambiances que d'autres archipels étalent sur plusieurs destinations.
Le parc national du Teide, inscrit à l'UNESCO depuis 2007, occupe le centre. C'est une caldeira de 17 km de diamètre, formée par l'effondrement d'un ancien volcan, où s'étendent des coulées de lave figées, des aiguilles rocheuses (les Roques de García) et une végétation d'altitude composée de retamas et de tajinastes rouges qui fleurissent en mai-juin. Le téléphérique monte à 3 555 mètres, mais l'accès au sommet nécessite un permis gratuit à demander plusieurs semaines à l'avance auprès des autorités du parc.
Au nord, le massif d'Anaga forme la pointe nord-est de l'île. Ses crêtes érodées, couvertes de laurisylve (une forêt de lauriers reliques du Tertiaire), captent les alizés et restent humides toute l'année. Nous y envoyons les voyageurs marcher entre les hameaux de Chamorga, Taborno et Afur, avant de descendre déjeuner à Taganana, un village de pêcheurs où l'on sert le pescado del día grillé face à l'Atlantique. Le contraste avec le sud désertique est saisissant : à Los Cristianos ou Costa Adeje, il pleut moins de 150 mm par an, contre 800 mm à Anaga.
La côte ouest, autour de Los Gigantes, offre des falaises de basalte de 600 mètres qui plongent à la verticale dans l'océan. C'est ici que se concentrent les populations résidentes de globicéphales tropicaux et de grands dauphins, observables toute l'année lors de sorties en mer au départ de Puerto de Santiago. Plus au nord, la vallée de La Orotava étage ses cultures de vigne (cépage Listán Negro), de bananes et d'avocats sur des terrasses de pierre sèche, jusqu'à la station de Puerto de la Cruz, plus ancienne destination touristique de l'île, fondée au XVIIIe siècle.
Côté culture, La Laguna, l'ancienne capitale (UNESCO également), garde un centre historique aux façades coloniales colorées, hérité du modèle urbain qui sera ensuite exporté vers les villes coloniales d'Amérique latine. Le carnaval de Santa Cruz, en février, est le second au monde par sa fréquentation après celui de Rio. La cuisine s'articule autour des papas arrugadas (pommes de terre cuites dans l'eau de mer) servies avec mojo rojo et mojo verde, du gofio (farine de céréales grillées) et des poissons de roche comme la vieja ou le cherne.
Tenerife est aussi l'île la plus peuplée (près d'un million d'habitants) et la mieux équipée logistiquement : deux aéroports internationaux, des routes en bon état, un réseau de ferries qui dessert La Gomera, La Palma et El Hierro depuis Los Cristianos. C'est notre base de départ recommandée pour qui veut combiner plusieurs îles sur deux à trois semaines.
À découvrir
Ascension du Teide au lever du jour. Montée nocturne depuis le refuge d'Altavista (3 270 m) pour atteindre le cratère avant 7h. La lumière rasante projette l'ombre triangulaire du volcan sur la mer de nuages, jusqu'à La Gomera visible à l'ouest.
Sentier des crêtes d'Anaga. Cinq heures de marche entre Cruz del Carmen et Chamorga, sous le couvert de la laurisylve. Brume permanente, fougères arborescentes, hameaux isolés où le bus passe deux fois par jour.
Bodegas de la vallée de La Orotava. Dégustation de vins volcaniques sur les cépages Listán Blanco et Negro, cultivés en cordon trenzado, une technique de taille tressée propre à l'île. Les domaines de Suertes del Marqués ou Tajinaste reçoivent sur rendez-vous.
Cétacés au large de Los Gigantes. Sortie de trois heures en voilier au pied des falaises. Les globicéphales tropicaux résidents sont visibles 9 jours sur 10, parfois accompagnés de cachalots entre janvier et mars.
La Laguna coloniale à pied. Trois heures dans le damier urbain du XVe siècle, entre la cathédrale, le couvent de Santa Catalina et les patios des maisons seigneuriales encore habitées par les vieilles familles canariennes.
Quand y aller
Tenerife se visite toute l'année grâce à la régularité des alizés, mais avec des nuances marquées selon les versants. De mai à octobre, le sud et l'ouest affichent 24 à 28°C en journée et une pluviométrie quasi nulle, idéal pour la randonnée côtière et l'observation des cétacés. Au même moment, le nord (Anaga, Orotava, Puerto de la Cruz) reste plus frais, autour de 22°C, souvent couvert par la mer de nuages qui se forme entre 600 et 1 500 mètres. En altitude, sur le Teide, les nuits descendent à 5°C en été et sous zéro de décembre à mars, avec des chutes de neige possibles qui peuvent fermer l'accès au téléphérique.
Les mois de novembre à février apportent les pluies les plus marquées au nord (jusqu'à 150 mm en décembre à La Laguna) mais préservent généralement le sud, où il fait encore 21 à 23°C. Nous évitons la dernière semaine de février et la première de mars, période du carnaval, où Santa Cruz et Puerto de la Cruz sont saturés. La floraison des tajinastes rouges du Teide, en mai et juin, reste pour nous l'une des plus belles fenêtres de l'année.
Conseils pratiques
Comptez quatre à cinq jours pour traverser les ambiances principales de l'île sans courir, sept à dix jours si vous voulez intégrer plusieurs randonnées de fond dans Anaga et autour du Teide. L'arrivée se fait soit par Tenerife Sud (Reina Sofía), aéroport mieux desservi depuis l'Europe, soit par Tenerife Nord (Los Rodeos), plus proche de Santa Cruz et de La Laguna. Pour une base unique, nous recommandons la vallée de La Orotava ou Puerto de la Cruz : on rejoint le Teide en 50 minutes, Anaga en 1h15, Los Gigantes en 1h30.
Tenerife se combine naturellement avec La Gomera, accessible en 50 minutes de ferry depuis Los Cristianos, pour une semaine supplémentaire de randonnée dans la forêt de Garajonay. Pour les voyageurs cherchant un contraste paysager fort, l'enchaînement avec Lanzarote (vol intérieur de 45 minutes) ouvre sur les paysages volcaniques arides de Timanfaya. Le confort hôtelier est élevé partout, des paradores historiques aux casas rurales restaurées dans les vallées agricoles. L'île convient autant aux familles (plages de sable noir aménagées, sentiers courts) qu'aux randonneurs aguerris qui viennent pour les dénivelés du Teide et d'Anaga, ou aux contemplatifs attirés par les villages du nord encore vivants hors saison.



