El Hierro

La plus occidentale des Canaries, réserve de biosphère depuis 2000, autonome en énergie certains jours grâce à Gorona del Viento. Une île pour marcheurs et plongeurs.

El Hierro est la plus occidentale et la plus petite des sept îles habitées de l'archipel : 269 km² pour environ 11 000 habitants, dont la moitié vit à Valverde, capitale perchée à 600 mètres d'altitude et seule capitale insulaire des Canaries à ne pas être située sur la côte. Jusqu'à la réforme du méridien de Greenwich en 1884, le cap d'Orchilla à l'extrémité ouest de l'île marquait le méridien zéro des cartographes européens. Cette position de finistère a longtemps isolé El Hierro, ce qui explique en partie pourquoi nous y trouvons aujourd'hui un territoire préservé, classé réserve de biosphère par l'UNESCO depuis 2000 et géoparc mondial depuis 2014.

L'île a la forme d'un fer à cheval ouvert vers le nord-ouest, vestige d'un gigantesque glissement de terrain survenu il y a 50 000 ans qui a fait basculer un tiers de l'édifice volcanique dans l'océan. Ce relief tourmenté produit des contrastes saisissants sur de très courtes distances : en 30 minutes de route depuis Valverde, nous passons des prairies humides de Nisdafe, où paissent des vaches sous un crachin permanent, aux coulées de lave noires d'El Julan sur la côte sud, exposées plein soleil. Le point culminant, le Pico de Malpaso, atteint 1 501 mètres. Le sabinar de La Dehesa, forêt de genévriers tordus par les alizés, est devenu l'image emblématique de l'île : des arbres centenaires couchés à l'horizontale par la force du vent.

El Hierro est aussi un laboratoire énergétique observé dans le monde entier. La centrale hybride de Gorona del Viento, inaugurée en 2014, combine cinq éoliennes au-dessus de Valverde et une station de pompage-turbinage entre deux réservoirs situés à 700 mètres de dénivelé. Le système couvre certains jours 100 % de la consommation électrique de l'île. Le moteur économique reste cependant l'agriculture : vignes du Frontera plantées en cratères individuels protégés des vents, ananas tropicaux à La Frontera, figuiers de Barbarie, et un fromage de chèvre, queso herreño, fumé au figuier et à la bruyère, qui a obtenu son AOP en 2014.

La culture locale est marquée par la Bajada de la Virgen de los Reyes, pèlerinage qui n'a lieu que tous les quatre ans (prochaine édition en 2025). Pendant trois jours, la statue de la patronne descend de son sanctuaire de La Dehesa jusqu'à Valverde sur 28 kilomètres, accompagnée des bailarines et des danses traditionnelles. Le reste de l'année, l'île vit au ralenti autour de quelques villages : El Pinar et son artisanat de poterie sans tour, hérité des Bimbaches préhispaniques, Sabinosa et son hameau thermal du Pozo de la Salud, La Restinga au sud, port de pêcheurs reconverti en village de plongée depuis les années 1990.

C'est précisément à La Restinga que se trouve la Reserva Marina del Mar de las Calmas, créée en 1996, dans une zone abritée des houles dominantes. La visibilité y dépasse régulièrement 30 mètres et les fonds basaltiques attirent mérous bruns, barracudas, raies pastenagues et bancs de bonites. L'éruption sous-marine du Tagoro en 2011, à un kilomètre au large de La Restinga, a remodelé une partie de ces fonds et créé un nouveau cône volcanique à 88 mètres de profondeur, aujourd'hui colonisé par une vie marine spécifique que les scientifiques continuent d'étudier.

El Hierro n'est pas une destination de plages : la côte est essentiellement faite de falaises et de piscines naturelles taillées dans la lave, comme celles du Charco Azul ou de La Maceta sur la côte nord. C'est une île pour qui cherche le calme, la marche, la plongée et un certain rapport au temps long. Notre équipe la recommande à ceux qui ont déjà visité d'autres îles de l'archipel et veulent en voir une face moins fréquentée : moins de 25 000 visiteurs par an, soit ce que Tenerife reçoit en une seule journée.

À découvrir

Mirador de la Peña. Belvédère conçu par César Manrique sur la falaise nord, 700 mètres au-dessus du golfo d'El Hierro. Par temps clair, on aperçoit La Palma et La Gomera depuis la terrasse du restaurant.

Plongée à La Restinga. La Reserva Marina del Mar de las Calmas offre 30 mètres de visibilité en moyenne et des sites accessibles dès 12 mètres comme El Bajón, ancien volcan sous-marin couvert de mérous.

Sabinar de La Dehesa. Forêt de genévriers couchés à l'horizontale par les alizés, à 1 heure de piste depuis Sabinosa. Le site se visite à pied sur un sentier balisé d'environ une heure.

Camino de la Virgen. Sentier de pèlerinage de 28 km qui traverse l'île du sanctuaire de La Dehesa à Valverde, avec 1 200 mètres de dénivelé positif. Compter deux jours en marche tranquille.

Charco Azul et La Maceta. Piscines naturelles aménagées dans les coulées de lave de la côte nord, baignade abritée de la houle entre avril et octobre.

Quand y aller

Le climat d'El Hierro est plus humide et plus tempéré que celui des îles orientales. Les températures restent comprises entre 18 °C en hiver et 26 °C en été à Valverde, mais elles montent facilement à 30 °C sur la côte sud du Mar de las Calmas, abritée des alizés. La meilleure période pour combiner randonnée et plongée court de mai à septembre : les températures de l'eau atteignent 23-24 °C en août-septembre, idéales pour la plongée sans combinaison épaisse. Les mois d'avril, mai et octobre offrent le meilleur équilibre pour la marche, avec moins de touristes et des températures douces sur les sentiers d'altitude.

De décembre à février, le nord de l'île reçoit des précipitations notables (parfois 80 à 100 mm par mois sur le plateau de Nisdafe) et le brouillard couvre régulièrement les hauteurs. Cela ne gêne pas la plongée au sud, où le micro-climat reste sec, mais cela peut limiter les belvédères du nord comme le Mirador de la Peña. Les mois de juillet et août restent peu fréquentés par rapport aux autres îles, mais c'est la haute saison pour les Canariens qui viennent en famille à La Restinga.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 3 jours pleins sur place, idéalement 4 à 5 pour combiner randonnée, plongée et exploration des hameaux. L'accès se fait soit par vol intérieur depuis Tenerife Nord (35 minutes, plusieurs liaisons quotidiennes par Binter Canarias), soit par ferry depuis Los Cristianos sur Tenerife (2h30, une à deux rotations par jour). La location de voiture est indispensable : l'île compte une seule route principale, la HI-1, et les distances paraissent courtes mais les routes sinueuses doublent les temps de trajet annoncés. Valverde à La Restinga représente 45 minutes effectives.

El Hierro se combine naturellement avec La Gomera et La Palma pour un circuit consacré aux îles occidentales et à la marche, plutôt qu'avec les îles orientales plus arides. L'hébergement reste modeste : casas rurales rénovées dans les villages, quelques petits hôtels familiaux à Valverde et Frontera, pas de complexes balnéaires. Notre équipe oriente vers El Hierro les voyageurs contemplatifs, les randonneurs, les plongeurs et ceux qui ont déjà parcouru Tenerife ou Gran Canaria et cherchent une dimension plus rurale. C'est en revanche une île peu adaptée aux familles avec très jeunes enfants en recherche de plages de sable.

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