La Gomera et La Palma
Deux îles occidentales pour marcheurs et contemplatifs : laurisylve de Garajonay, Caldera de Taburiente, ciel protégé du Roque de los Muchachos à 2 426 mètres.
La Gomera et La Palma forment l'extrémité occidentale de l'archipel, deux îles volcaniques séparées par 80 kilomètres d'océan et reliées au reste des Canaries par des ferries depuis Los Cristianos ou de courts vols intérieurs depuis Tenerife Nord. Notre équipe les recommande aux voyageurs qui privilégient la marche, l'observation des paysages et un rythme lent, loin de la densité touristique du sud de Tenerife ou des plages aménagées de Gran Canaria. Ce sont des îles de moyenne altitude (Garajonay culmine à 1 487 mètres, le Roque de los Muchachos à 2 426 mètres) où l'on change trois fois de paysage en une heure de route.
La Gomera tient dans un cercle de 25 kilomètres de diamètre, mais ses ravins (les barrancos) découpent l'île en quartiers étanches qui n'ont longtemps communiqué qu'à pied, ou par la voix sifflée. Le silbo gomero, langue sifflée transmise depuis l'époque préhispanique des Guanches, porte à plus de deux kilomètres d'une crête à l'autre. Il est aujourd'hui enseigné à l'école publique de l'île et inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2009. Au centre, le parc national de Garajonay protège une laurisylve, forêt de lauriers et de bruyères arborescentes, héritée du tertiaire, que la mer de nuages nourrit en humidité quasi quotidienne. À San Sebastián de La Gomera, port d'arrivée des ferries, c'est de cette baie que partit Christophe Colomb en 1492 pour son premier voyage. Les villages d'Agulo, accroché à 250 mètres au-dessus de la côte nord, ou de Valle Gran Rey, vallée encaissée du sud-ouest connue pour ses palmeraies et sa miel de palma (sirop de sève de palmier réduit au feu de bois), donnent une bonne idée du contraste interne.
La Palma, plus grande (708 km²) et plus haute, est aussi plus jeune géologiquement. L'éruption du Tajogaite, sur le flanc ouest de Cumbre Vieja, a duré 85 jours entre septembre et décembre 2021 et a recouvert 1 200 hectares dans la zone de Los Llanos de Aridane. Les coulées sont désormais accessibles par des sentiers balisés depuis Las Manchas. Au nord de l'île, la Caldera de Taburiente forme un cirque d'érosion de huit kilomètres de diamètre, bordé de parois qui dépassent les 2 000 mètres. Sa traversée intégrale, depuis le mirador de Los Brecitos jusqu'à la plage de Puerto de Tazacorte, demande deux jours avec bivouac autorisé au camping de Taburiente. Santa Cruz de La Palma, la capitale, conserve une architecture coloniale du XVIᵉ siècle, avec ses balcons de bois sur la calle O'Daly et son église matrice classée.
Le ciel de La Palma fait l'objet d'une loi de protection contre la pollution lumineuse depuis 1988, la première au monde de ce type. L'observatoire du Roque de los Muchachos, au-dessus de la mer de nuages, abrite le Gran Telescopio Canarias, plus grand télescope optique en service. Notre agence travaille avec des guides accrédités Starlight pour les soirées d'observation, généralement à partir de 1 800 mètres d'altitude, là où l'air sec et l'absence de halo urbain donnent une magnitude limite de 21,7.
L'économie de ces deux îles reste dominée par l'agriculture (banane d'exportation sur la côte ouest de La Palma, vigne de Malvasia dans la zone de Fuencaliente, pêche artisanale à La Restinga sur la Gomera) et un tourisme essentiellement de randonnée. La densité de sentiers balisés atteint un kilomètre par kilomètre carré sur La Palma, soit le réseau le plus serré de l'archipel. Le GR 131, qui parcourt l'île du sud au nord sur 71 kilomètres, demande quatre à cinq jours et passe par tous les écosystèmes de l'île, du sec lavique de Fuencaliente aux pinèdes de pin canarien autour de Refugio del Pilar.
Côté table, le mojo verde (sauce au coriandre et ail) accompagne les papas arrugadas, et le queso palmero, fromage de chèvre fumé au bois de pin et au figuier de Barbarie, bénéficie d'une AOP depuis 2002. Sur la Gomera, le potaje de berros (soupe de cresson) et l'almogrote (pâte de fromage vieux et piment) restent les marqueurs culinaires les plus présents dans les guachinches, ces tavernes saisonnières servant le vin maison.
À découvrir
Forêt de Garajonay, La Gomera. Marche de 3 à 5 heures sur les sentiers de Las Creces ou El Cedro, dans une laurisylve baignée de brume où les troncs sont couverts de mousse jusqu'à dix mètres de haut. Température constante autour de 15°C même en été.
Traversée de la Caldera de Taburiente. Descente de Los Brecitos à Puerto de Tazacorte sur deux jours et 25 kilomètres, avec passage à gué du Río Taburiente et bivouac au pied de la cascade colorée par les oxydes de fer.
Observation au Roque de los Muchachos. Soirée à 2 400 mètres avec un guide Starlight, ciel parmi les plus sombres mesurés sur la planète, visite extérieure du Gran Telescopio Canarias et de ses 10,4 mètres de miroir.
Coulées du Tajogaite, La Palma. Sentier balisé sur le volcan entré en éruption fin 2021, autour de Las Manchas et El Paraíso, où la lave encore tiède en profondeur émet des fumerolles sur certains tronçons.
Démonstration de silbo gomero à Agulo. Échange avec un silbador certifié dans un village du nord de La Gomera, où la langue sifflée portait les messages d'un barranco à l'autre avant l'arrivée du téléphone dans les années 1970.
Quand y aller
La meilleure fenêtre pour ces deux îles s'étale de mars à juin, puis de septembre à novembre. Les températures restent comprises entre 18 et 24°C sur les côtes, et descendent à 8-12°C en altitude au-dessus de 1 500 mètres. L'été (juillet-août) reste praticable, mais la canicule continentale africaine, le calima, peut faire grimper le mercure à 35°C pendant trois ou quatre jours d'affilée, avec un voile de poussière qui réduit la visibilité depuis les belvédères du Roque de los Muchachos ou du Mirador de Abrante.
L'hiver, de décembre à février, concentre l'essentiel des précipitations, surtout sur les versants nord. La Gomera reçoit alors la mer de nuages quasi en continu sur Garajonay, ce qui rend la forêt particulièrement photogénique, mais peut fermer certains sentiers d'altitude. Sur La Palma, des chutes de neige bloquent parfois la route LP-4 vers le Roque pendant 24 à 48 heures, en janvier ou février. Les côtes ouest (Valle Gran Rey, Puerto Naos) restent les plus sèches et ensoleillées toute l'année, avec environ 300 jours sans pluie significative.
Conseils pratiques
Nous conseillons un minimum de quatre nuits sur La Palma et trois nuits sur La Gomera pour ne pas réduire ces îles à un survol. La Gomera s'atteint en 50 minutes de ferry depuis Los Cristianos (sud de Tenerife), à raison de quatre à cinq rotations quotidiennes. La Palma dispose d'un aéroport propre à Mazo, avec des vols intérieurs depuis Tenerife Nord (35 minutes) et Gran Canaria, ainsi que quelques liaisons directes saisonnières depuis Madrid et certaines villes européennes. La combinaison logique consiste à enchaîner Tenerife (nord et Teide), puis La Gomera, puis La Palma, sur 12 à 15 jours. L'ajout d'El Hierro est cohérent pour les voyageurs prêts à passer trois semaines sur l'archipel occidental.
L'hébergement se compose surtout de casas rurales (anciennes maisons paysannes restaurées), de petits hôtels familiaux à San Sebastián ou Santa Cruz de La Palma, et de quelques adresses plus confortables autour de Los Llanos de Aridane et Hermigua. Pas de grands resorts, pas de tout-inclus. Ces deux îles conviennent aux marcheurs autonomes, aux familles avec adolescents capables de marcher trois à six heures par jour, aux amateurs d'astronomie et aux contemplatifs qui acceptent un rythme de deux à trois activités par jour, ponctuées de pauses dans les guachinches et les miradors. Voiture de location indispensable, les transports publics restent espacés en dehors des deux capitales.

