Gran Canaria

Continent miniature de 50 kilomètres de diamètre, Gran Canaria condense bananeraies du nord, sommets à 1 949 mètres, villages troglodytes et dunes atlantiques.

Gran Canaria tient dans un cercle de 50 kilomètres de diamètre, mais notre équipe met rarement moins de cinq jours à la faire découvrir. La raison tient à sa structure : un cône volcanique central érodé en ravins profonds, les barrancos, qui descendent en étoile vers la mer. En une heure de route depuis Las Palmas, on passe des bananeraies humides du nord aux pinèdes d'altitude de Tamadaba, puis aux paysages désertiques du sud autour de Mogán. Cette compression géographique explique pourquoi les insulaires parlent de continent miniature, formule que nous reprenons sans ironie.

Le centre est dominé par deux monolithes basaltiques, le Roque Nublo (1 813 m) et le Roque Bentayga (1 412 m), qui servaient de lieux de culte aux Canariens d'avant la conquête castillane de 1483. Ces Guanches, peuple berbère arrivé vers le premier millénaire avant notre ère, ont laissé des grottes habitées et des greniers fortifiés visibles au Cenobio de Valerón, près de Santa María de Guía, et à la nécropole de Maipés à Agaete. La culture insulaire actuelle garde des traces de ce substrat : le silbo, langage sifflé encore pratiqué chez quelques bergers de La Gomera, a son équivalent historique ici, et la lutte canarienne se pratique toujours dans les arènes de sable des villages.

Las Palmas, capitale de 380 000 habitants, mérite une journée complète. Le quartier de Vegueta, fondé en 1478, aligne ses maisons à patios autour de la cathédrale Santa Ana et du Musée Canario, qui conserve la plus grande collection de crânes guanches. À dix minutes à pied, la plage urbaine de Las Canteras déroule trois kilomètres de sable protégés par une barre rocheuse, La Barra, qui calme la houle atlantique. On y nage toute l'année, l'eau oscillant entre 19°C en février et 23°C en septembre. Le soir, nous envoyons volontiers nos voyageurs aux bars à tapas de la rue Mendizábal ou aux terrasses de la place du Espíritu Santo.

L'intérieur change tout. Tejeda, classé parmi les plus beaux villages d'Espagne, est posé à 1 050 mètres d'altitude au cœur d'une caldera de 40 kilomètres de circonférence. Artenara, à 1 270 mètres, conserve une église et des habitations creusées dans le tuf volcanique. Entre les deux, la route GC-210 serpente sur 25 kilomètres au-dessus du vide, avec des passages à pic sur 800 mètres. C'est dans ces villages que se prépare le bienmesabe, dessert à l'amande, et que se vend le queso de flor, fromage caillé à la fleur de chardon, production de Guía protégée par une appellation.

Le sud répond à une autre logique. Maspalomas et ses dunes de 400 hectares classées réserve naturelle, Puerto de Mogán et son port restauré, Puerto Rico et ses criques aménagées concentrent l'essentiel du tourisme balnéaire européen depuis les années 1960. Nous n'évitons pas cette côte, elle convient aux familles et aux voyageurs en quête de soleil garanti, mais nous proposons systématiquement des échappées vers Fataga, Temisas ou la côte sauvage de Veneguera pour rééquilibrer le séjour. L'économie de l'île repose à 80% sur ce tourisme, complété par les bananeraies du nord et la culture sous serre de tomates pour l'export.

À découvrir

Roque Nublo au lever du jour. Marche de 1h30 aller-retour depuis le parking de La Goleta pour atteindre le pied du monolithe basaltique à 1 813 mètres. Par temps clair, le cône du Teide à Tenerife émerge de la mer de nuages à l'ouest.

Vegueta et le Musée Canario à Las Palmas. Le quartier fondé en 1478 se parcourt à pied en une demi-journée. Le musée conserve momies et crânes guanches issus des fouilles de Guayadeque et permet de saisir ce qu'était l'île avant 1483.

Caldera de Tejeda depuis Artenara. Depuis le mirador de la Atalaya, la caldera s'ouvre sur 40 kilomètres de circonférence avec Roque Nublo et Roque Bentayga en ligne de mire. Les maisons-grottes du village se visitent encore habitées.

Dunes de Maspalomas hors saison. 404 hectares de sable mobile entre la pointe de l'île et la lagune de La Charca. En janvier-février, la lumière rasante et la baisse de fréquentation rendent la traversée à pied (3 km) supportable même à midi.

Barranco de Guayadeque. Ravin de 15 kilomètres entre Ingenio et le pic des Cuatro Puertas, ponctué de maisons troglodytes encore occupées. Les restaurants creusés dans la roche servent ropa vieja et puchero canario à prix modérés.

Quand y aller

Gran Canaria se visite toute l'année grâce à l'effet régulateur de l'Atlantique, mais les conditions varient fortement entre les versants. Sur la côte sud (Maspalomas, Mogán), les températures oscillent entre 18°C en janvier et 26°C en août, avec moins de 100 mm de pluie annuelle. Sur la côte nord et à Las Palmas, comptez 2 à 4°C de moins et un ciel souvent voilé par le panza de burro, nappe nuageuse basse fréquente d'avril à septembre. En altitude, à Tejeda ou au Pico de las Nieves (1 949 m), il peut geler la nuit en janvier-février, et il neige une à deux fois par hiver.

Nos périodes préférées sont mars-mai et septembre-novembre : températures de 22 à 25°C, eau à 21°C, peu de pluie et fréquentation modérée. Nous déconseillons la dernière semaine de février et la première de mars (carnaval de Las Palmas, hôtels saturés) ainsi que les vacances scolaires européennes de Noël et Pâques. Juillet-août restent praticables mais l'épisode de calima, vent de sable venu du Sahara, peut faire monter le mercure à 38°C pendant deux à quatre jours d'affilée.

Conseils pratiques

Nous recommandons cinq à sept jours sur Gran Canaria pour articuler trois unités : Las Palmas et la côte nord (1-2 jours), le centre montagneux avec nuit à Tejeda ou Cruz de Tejeda (2 jours), et la côte sud-ouest entre Mogán et Maspalomas (2-3 jours). L'aéroport de Gran Canaria, à 25 kilomètres au sud de Las Palmas, est desservi quotidiennement depuis la plupart des capitales européennes. La voiture de location est indispensable dès qu'on quitte le littoral, les transports publics ne couvrant pas correctement l'intérieur.

L'île se combine logiquement avec Tenerife (1h15 de ferry rapide depuis Agaete jusqu'à Santa Cruz) pour qui veut comparer deux îles centrales, ou avec Fuerteventura (2h de ferry depuis Las Palmas) pour ajouter une dimension plus désertique et balnéaire. Pour un premier séjour aux Canaries, nous proposons souvent Gran Canaria seule en sept jours, ce qui laisse le temps des marches d'altitude et des journées sans programme. Elle convient aux familles, aux randonneurs de niveau intermédiaire (sentiers balisés du réseau Caminos Reales) et aux voyageurs qui apprécient de combiner ville, montagne et mer sans trajets longs. Niveau de confort : hôtels ruraux de charme dans le centre, paradores et boutique-hôtels à Las Palmas, resorts complets au sud.

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